Le Droit
Entrer dans les bureaux de MultiCorpora à Gatineau, c'est un peu comme se retrouver aux Nations unies à New York. Avec sa trentaine d'employés issus de 14 nationalités, qui parlent entre eux 18 langues, la PME du secteur Hull a définitivement une saveur internationale. Et c'est bien ainsi puisque MultiCorpora se spécialise dans les logiciels de traduction utilisés dans plus de 60 langues dans une trentaine de pays. À partir de ses bureaux situés dans le Centre pour le développement des technologies de l'information (CDTI), boulevard Saint-Joseph à Hull, la PME ne cesse d'élargir ses frontières. Vigueur exceptionnelle Après avoir séduit plusieurs clients au Canada et en Europe, la PME vient de lancer une offensive aux États-Unis, y investissant 700 000 $ pour se concentrer sur marché des sièges sociaux. L'Asie ne saura tarder, car MultiCorpora vient d'y obtenir un premier contrat au Japon. « Ça dépasse les attentes. Mais là où c'est plus frustrant, c'est que l'on ne couvre pas encore la planète, confie Pierre Blais, président-directeur général de MultiCorpora. « Dans le domaine de la traduction, on pourrait être en Asie, on pourrait être à d'autres endroits. Mais il faut se retenir parce qu'il y a beaucoup d'entreprises qui vont, par excès de confiance, s'éparpiller et manquer de ressources pour appuyer une expansion. On pourrait connaître une croissance de 100 %, mais être totalement désorganisés. » Cette prudence rapporte d'ailleurs à MultiCorpora, qui a grandi à son propre rythme. Elle est rentable depuis 2005 et connaît une croissance moyenne de 30 %. MultiCorpora vient surtout de connaître sa meilleure année à ce jour. « On a une croissance exceptionnelle de 37 % pour l'exercice qui s'est terminé en février. Depuis ce temps-là, on se maintient », dit fièrement Pierre Blais. En tant qu'entreprise privée, MultiCorpora n'est pas tenue de divulguer ses chiffres, mais on sait que ses revenus sont dans les « sept chiffres avancés ». M. Blais ne nie pas que l'entreprise ressent un peu les effets du ralentissement économique, mais ce n'est rien de dramatique. « On sent que c'est plus lent qu'avant. Les décisions des clients sont plus lentes. Ce n'est pas perdu, mais c'est retardé. Mais avec les bons signes que l'on voit, ça devrait se replacer cet automne. » L'entreprise compte aujourd'hui 34 employés, dont quatre à son bureau de Bruxelles, en Belgique. Elle est en mode recrutement et vise les 40 employés cette année et a notamment besoin d'administrateurs. Dixième anniversaire MultiCorpora R & D Inc. souffle ses 10 bougies cette année, mais ses origines remontent à 1994, lorsque Gerry Gervais, un fonctionnaire à Statistique Canada, a eu l'idée de ce qui allait devenir un logiciel de traduction, MultiTrans. La force de cet outil : aider les entreprises à mieux gérer les documents déjà traduits en créant des bases de données contenant des termes et des phrases qui peuvent être réutilisés. «Après tout, pourquoi retraduire ce que l'on a déjà traduit ?», fait remarquer Pierre Blais, qui s'est joint à MultiCorpora en 2005. Du fédéral à l'Union européenne MultiCorpora a tout d'abord décollé grâce à sa clientèle fédérale. Vingt-cinq organismes fédéraux utilisent ses logiciels, dont le Bureau de la traduction du Canada, avec son siège social à Gatineau, et la Défense nationale du Canada. Depuis trois ans, la PME est présente en Europe, où elle a obtenu des contrats avec des agences des Nations unies, comme l'Unesco, en plus de l'Union européenne. MultiCorpora a ensuite décroché une série d'importantes ententes du côté du secteur privé. Le géant mondial des biens de consommation, Proctor & Gamble est parmi ses clients, tout comme Kraft, le constructeur automobile Ford, la banque HSBC, la chaîne d'épiceries Sobey's et la pharmaceutique Pfizer. Pour sa percée aux États-Unis, MultiCorpora propose aux grandes multinationales de centraliser leurs services de traduction et d'économiser entre 10 % et 50 % grâce à ses logiciels. Selon Pierre Blais, les premiers signes sont encourageants. « On créé de l'intérêt. » La PME gatinoise tisse aussi des liens avec des partenaires américains qui l'aideront à commercialiser ses logiciels. Le potentiel mondial dans le secteur de la traduction est énorme. Il s'agit d'un marché annuel de 15 milliards $, dont 1 milliard $ uniquement à Bruxelles, siège du Parlement européen. C'est aussi un marché qui croit en moyenne de sept à 10 % par année, souligne Pierre Blais. Et dans un monde qui rapetisse de plus en plus grâce aux technologies de communications, la traduction devient de plus en plus importante, dit-il. « Je pense qu'actuellement, l'offre en terme de traduction ne répond pas à la demande. Il n'y a pas assez de traducteurs pour combler la demande et c'est pour ça que nous avons un bon succès. C'est-à-dire que la technologie compense un peu. L'appui que l'on donne aux traducteurs est énorme. » |






